Ana səhifə

Robert Pichette (1936 )


Yüklə 0.95 Mb.
səhifə1/15
tarix10.06.2016
ölçüsü0.95 Mb.
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15


Robert Pichette (1936 - )
Fonctionnaire, journaliste, écrivain et historien; Edmundston et Moncton, N.-B.
(1998)
Napoléon III,

L’Acadie et le Canada français

Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca

Site web: http://pages.infinit.net/sociojmt


Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"

Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html


Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :


Robert Pichette, Napoléon III, L’Acadie et le Canada français. Moncton : N.-B. : Les Éditions d’Acadie, 1998, 222 pp.


M. Robert Pichette (1936 - ) est fonctionnaire, journaliste, écrivain et historien; Edmundston et Moncton, N.-B., Canada.

Avec l’autorisation formelle de l’auteur, M. Robert Pichette, mercredi, 5 mai 2004.


Courriel : dauphin@nbnet.nb.ca
Un grand merci à M. Adolphe Leschevin, ex-consul de Belgique au Québec, pour toutes ses démarches, en particulier celles qui nous ont permis d’obtenir cette autorisation.

Polices de caractères utilisée :


Pour le texte: Times, 12 points.

Pour les citations : Times 10 points.

Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format

LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)


Édition complétée le 11 mai 2004 à Chicoutimi, Québec.

Du même auteur

Retour à la table des matières
Aux Éditions d'Acadie
Bâtie sur le roc: Mgr Numa Pichette, témoin d'une époque, 1995.

L'Acadie par bonheur retrouvée: de Gaulle et l’Acadie, 1994. Bellérophon, 1987.

Chimères: poèmes d'amour et d'eau claire, 1982.
Chez Michel Henry éditeur Les religieuses pionnières en Acadie, 1990. Pour l'honneur de mon prince... 1989. Prix France-Acadie, 1990.
En collaboration
avec Chris Reardon, J.J.B. Johnston, Louisbourg : reflet d'une époque, Halifax (Nouvelle-Écosse), Nimbus Publishing, 1997;
avec R.W. Keyserlingk, « L'Ordre de Malte aux origines de l'Amérique », The Order of Malta : Past and Present = L'Ordre de Malte: passé et présent, Montréal, Association canadienne des Chevaliers de l'Ordre de Malte, 1978 ;
avec Auguste Vachon, catalogue raisonné de An Exhibition of Armorial Silver from The Henry Birks Collection of Canadian Silver = Exposition d'argenterie armoriée de la Collection Henry Birks d'argenterie canadienne, Ottawa, Société héraldique du Canada ; Archives publiques du Canada, 1976.

L'éditeur désire remercier le Conseil des Arts du Canada et la Direction des arts du Nouveau-Brunswick de l'aide accordée à son programme de publication. L'éditeur reconnaît également l'aide financière du gouvernement du Canada par l'entremise du Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition pour ses activités d'édition.

Table des matières

Du même auteur
Présentation du livre (description au verso du livre)

Présentation de l’auteur (description au verso du livre)
Remerciements

Avant-propos
Table des photos
Chapitre 1 D'Arcadie en Acadie

Chapitre 2 De l'oncle au neveu

Chapitre 3 Partant pour la Syrie en passant par Sydney

Chapitre 4 Des Tuileries à l'Acadie

Chapitre 5 Les débris de ce peuple infortuné

Chapitre 6 Le prince Napoléon Jérôme

Chapitre 7 Des Murat acadiens ?
Épilogue
Annexe: Lettre de Rameau de Saint-Père à l'empereur Napoléon III pour la promotion de l'instruction en français des Acadiens du sud-est du Nouveau-Brunswick
Repères chronologiques
Bibliographie

Table des photos



Retour à la table des matières
Carte 1 Nicolas Bellin, « L'Isle de Terre-Neuve, l'Acadie ou la Nouvelle-Écosse, l'Isle de St-Jean et la partie orientale du Canada » [c. 1780], dans Prévost d'Exil, Histoire générale de voyages.

Carte 2 Canada atlantique.
Photo 1 Napoléon III, empereur des Français. Collection de la Fondation Napoléon, Paris.
Photo 2 Le sculpteur Constantin Spourdos dans son atelier parisien après la restauration du buste de Napoléon III aimablement prêté à la Société du Monument Lefebvre (Memramcook, Nouveau-Brunswick) par les Services culturels de la Ville de Paris.
Photo 3 L'honorable John George Bourinot (1814-1884). Sénateur du Canada; agent consulaire honoraire de France à Sydney, Nouvelle-Écosse, en 1850; vice-consul honoraire de France de 1854 jusqu'à sa mort. Photo: Paul-Émile Miot. Collection Fernand-A.-Lévi, Archives nationales du Canada, PA-188216.
Photo 4 Le commandant de Belvèze (1801-1875). Photo reproduite dans Armand Yon, Le Canada français vu de France 1830-1914.
Photo 5 La Capricieuse. Archives nationales du Québec à Québec
Photo 6 Le baron Gauldrée-Boilleau, premier consul de France dans les colonies de l'Amérique du Nord britannique. Archives du Séminaire de Québec. Photo reproduite dans Pierre Savard, Le Consulat général de France à Québec et à Montréal de 1859 à 1914.
Photo 7 Résidence de John George Bourinot, vice-consul honoraire de France à Sydney, Cap-Breton (Nouvelle-Écosse). Toile de J. Rallier [ca 1850]. Collection de la University College of Cape Breton, Sydney, Nouvelle-Écosse
Photo 8 Edme Rameau de Saint-Père (1820-1899). Collection du Centre d'études acadiennes, Université de Moncton, Nouveau-Brunswick
Photo 9 Napoléon III, empereur des Français. Atelier de Winterhalter. Réplique du portrait officiel peint en 1853.
Photo 10 L'abbé Georges-Antoine Belcourt (1803-1874). Collection du Prince Edward Island Public Archives and Records Office.

Photo 11 Vue aérienne du village de Saint-Alexis-de-Matapédia, au Québec
Photo 12 Vue aérienne du centre du village de Saint-Paul-de-Kent, au Nouveau-Brunswick
Photo 13 La Banque des fermiers de Rustico, fondée par l'abbé Belcourt. À l'étage se trouvait la salle abritant la bibliothèque et les instruments de musique achetés grâce aux libéralités de Napoléon III. Photo des collections du Musée acadien de l'Île-du-Prince-Édouard, à Miscouche.
Photo 14 Pages d'un livre acheté par l'abbé Belcourt pour la bibliothèque de Rustico qui bénéficia des dons de l'empereur. Rustico Library Collection, Prince Edward Island Public Archives and Records Office.
Photo 15 Gravure de l'église Saint-Augustin de Rustico. Illustrated Historical Atlas of the Province of Prince Edward Island, sous la direction de C.R. Allen, Philadelphia (U.S.A.), J.H. Meacham & Co., 1880, p. 89. CEA, PA2-359.
Photo 16 Israël J.-D. Landry (1843-1910), instituteur à Rustico, Î.-P.-É., fondateur du premier journal acadien, Le Moniteur acadien. Collection J.E. (Ned) Belliveau, CEA, P10-A47.
Photo 17 L'abbé Hubert Girroir (1825-1884). Collection du Centre d'études acadiennes, Université de Moncton, Nouveau-Brunswick
Photo 18 L'ancien couvent d'Arichat, au Cap-Breton, qui abrita à l'origine l'Académie des frères des Écoles chrétiennes, pour laquelle l'abbé Girroir sollicita un don de l'empereur Napoléon III. Photo du Beaton Institute Eachdraidh Archives, University College of Cape Breton.
Photo 19 S. A. I. le prince Napoléon Jérôme (1822-1891). Photo reproduite dans Armand Yon, Le Canada français vu de France 1830-1914.
Photo 20 Maurice, baron Dudevant (1823-1889), dit Maurice Sand, vers 1860. Photo reproduite dans Armand Yon, Le Canada français vu de France 1830-1914.
Photo 21 Le château de Saint-Père, à Adon (Loiret), résidence de Edme Rameau de Saint-Père. Photo MédiaSys, Paris.
Robert Pichette
NAPOLÉON III
L'ACADIE ET

LE CANADA FRANÇAIS

Moncton, Les Éditions d'Acadie, 1998, 222 pp.

Données de catalogage avant publication (Canada)
Pichette, Robert, 1936­

Napoléon III, l'Acadie et le Canada français


Comprend des références bibliographiques. ISBN 2-7600-0361-2
1. Napoléon III, empereur des Français, 1808-1873 - Et les Canadiens français. 2. France-Relations-Canada. 3. Canada-Relations-France. 4. Acadiens-Histoire-19e siècle. 5. Canadiens français-Québec (Province)-Histoire-19e siècle. I. Titre.
Illustration de la couverture Grand sceau de Napoléon III. Archives nationales de France.

Présentation du livre

Jaquette au verso


Retour à la table des matières
L'intérêt de l'empereur Napoléon III pour les anciennes colonies françaises d'Amérique du Nord l'amena à contribuer au développement social, éducatif et commercial de l'Acadie et du Québec du 19e siècle. Sympathique aux requê­tes d'Edme Rameau de Saint-Père, il fit notamment d'importants dons de livres et d'instruments scientifiques. Il dota l'Acadie et le Québec d'agences consu­laires, facilitatrices d'échanges commerciaux avec la France. L'empereur con­tribua à la fondation de nouvelles communautés francophones, en finan­çant une partie de la migration d'Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard vers de nou­velles contrées ; il participa ainsi à la fondation des villages de Saint-Paulde-Kent, au Nouveau-Brunswick, et de Saint-Alexis-de-Matapédia, au Québec. Soucieux de ne pas froisser les autorités britanniques par des gestes d'éclat, il finançait ses actions en puisant à même sa cassette personnelle, éviant ainsi de toucher aux fonds du trésor public. Cette procédure plutôt discrète constitue peut-être l'une des raisons pour lesquelles l'apport substantiel de ce Français au développement de l'Acadie et du Québec a été presque totale­ment oublié au fil des générations.

Présentation de l’auteur

Jaquette verso du livre

Retour à la table des matières
Robert Pichette a étudié cet aspect méconnu de la vie de Napoléon III, ajoutant ainsi à la publication de L'Acadie par bonheur retrouvée: de Gaulle et l'Acadie (1994) une autre page de l'histoire de la coopération France-Acadie-Québec. L'auteur a également écrit plusieurs articles sur le sujet, qui contribuent à une importante bibliographie en héraldique et en histoire.

Remerciements



Retour à la table des matières
Écrire un livre est un combat. La bataille serait plus pénible encore si un auteur ne pouvait compter sur des dévouements pour le conseiller, l'encou­rager, lui faciliter la tâche.
En tête de liste de ces dévouements, je dois placer mon ami Philippe Rossillon, président fondateur des Amitiés acadiennes et secrétaire général émérite de l'Union latine, qui a eu l'idée de ce livre et qui n'a eu de cesse qu'il soit écrit. Hélas ! Il ne le lira pas en ce monde puisqu'il est décédé subitement le 6 septembre 1997.
Mes vifs remerciements s'adressent aussi à des collaborateurs que l'ai souvent mis à contribution et qui m'ont généreusement prêté leurs connaissan­ces et, tout aussi aimablement, leur temps malgré leurs occupations: M. Ronnie-Gilles LeBlanc du Centre d'études acadiennes de l'Université de Moncton, dont la patience angélique n'a d'égale que l'obligeance; le professeur André Maindron, ancien directeur de l'Institut d'études québécoises et aca­diennes de l'Université de Poitiers, ami qui sait châtier, surtout le français; le révérend Maurice Léger, de Barachois, dont la bibliothèque d'Acadiana est sans pareille et qui me l'ouvre obligeamment et généreusement; M. Alain Boumier, de Paris, président de l'Académie du Second Empire, pour ses utiles conseils; M. Richard Saillant, d'Ottawa, dont les recherches antérieures pour un autre livre m'ont été particulièrement utiles. S'y ajoutent deux excellents amis, parmi les meilleurs, Thérèse Léveillée et Serge Martin, de Moncton, génies de l'informatique, secourables en tout temps, dépanneurs émérites, de bon conseil, de bonne humeur, irremplaçables.
Le professeur Andrew G. Gann, directeur du Département de langues et littératures modernes de l'Université Mount Allison à Sackville, Nouveau-Brunswick, m'a fort courtoisement donné accès à un remarquable mémoire universitaire établi par M. Matthew J. West, de Riverview, Nouveau-Brunswick. L'analyse systématique et fort bien faite par Monsieur West du Moniteur Universel de 1855 à 1868 s'est révélée pour moi une source de première main. Que MM. Gann et West trouvent ici l'expression de ma reconnaissance.
Il me reste le très agréable devoir de remercier mes amis, Stuart et Valerie Smith, qui, une fois de plus, m'ont accueilli en leur maison de Prades en Roussillon pour que je puisse y écrire ce livre dans une oasis de calme. Devoir agréable, certes, mais mâtiné de mélancolie puisqu'il faut dire définitivement adieu à Prades ; à son gros bon saint Pierre en majesté dans son magnifique retable catalan; au Canigou drapé à son gré dans des voiles et des brumes aussi roses que le marbre des portails et des trottoirs de Prades, grises, bleues, ou blanches selon les caprices du soleil qui seul connaît les mystères des pics et des cimes du mont Sacré.
Il est bien vrai, pour moi et pour les Smith, qu'il n'y a plus de Pyrénées. Il me restera toujours de cette ville hospitalière et de cette splendide région, si particulière, où je me suis toujours cru chez moi, le regret de jours heureux parmi des gens de qualité.
Et finalement, je veux remercier Hélène Cadieux Johanny et Jacques Johanny qui ont bien voulu m'héberger tout fin seul dans leur auberge Chez Françoise, à Shédiac, en fin d'hiver, où j’ai pu terminer ce livre libre des contraintes urbaines du terrible quotidien.

Car dans la mort, il n'est plus personne qui se souvienne de vous: Qui vous glorifiera dans le séjour des morts 2 Psaume 6, verset 6.


En hommage à deux amis trop tôt disparus: Léger Comeau (1920-1996), prêtre, éducateur, patriote, le meilleur des honnêtes hommes, l'ami sûr et délicat ; Philippe Rossillon (1931-1997), Bayard sans peur de la francophonie, Acadien de cœur, bon, généreux, et incomparable ami qui fut l'instigateur de ce livre.


Retour à la table des matières




Napoléon III, empereur des Français.
Collection de la Fondation Napoléon, Paris.
Voir Les Classiques des sciences sociales : photo 1.



Retour à la table des matières

Avant-propos


Il y a bien de la différence entre un livre

que fait un particulier,

et qu'il jette dans le peuple,

et un livre que fait lui-même un peuple.

On ne peut douter que le livre

soit aussi ancien que le peuple.

Pascal


Retour à la table des matières
Que Louis Napoléon, d'abord comme président de la République fran­çaise, puis comme empereur des Français, se soit occupé du Canada et de l'Acadie a de quoi surprendre. Son intérêt actif pour les communautés acadien­nes de la côte atlantique du Canada actuel, pour discret et feutré qu'il ait été, n'en a pas moins été efficace et survint à point nommé.
Ce qui restait du peuple acadien, décimé par la tragédie de la Déportation entreprise en 1755, cherchait à affirmer son identité française dans un terri­toire géographiquement partagé avec le conquérant et les immigrants venus à sa suite. Après les avanies du XVIIIe siècle, tout était à faire au XIXe pour rétablir la dignité d'un peuple spolié par l'histoire, mais qui s'acharnait à main­tenir les valeurs identitaires françaises contre vents et marées.
Pour les Acadiens, traumatisés par une déportation massive au point où cet événement est resté la référence de son histoire contemporaine, le XIXe siècle sera un siècle d'effervescence, de grands travaux nationaux, qui deviendront les bases d'une affirmation de la spécificité acadienne à l'intérieur d'un pays qui se forge. Ce qu'on a appelé la Renaissance acadienne correspond à la révolution industrielle en Europe comme en Amérique. Les règnes de Victoria et de Napoléon III sont des règnes modernes.
De la France de cette époque, Octave Aubry affirme sans ambages et sur évidence : « jamais sans doute le pays n'a eu d'années plus heureuses que le Second Empire. » Le sort des Acadiens, occupés à écrire leur livre en dépit d'obstacles quasi insurmontables et, de surcroît, dans un climat d'hostilité, ne pouvait manquer de susciter la sympathie de l'empereur.
La discrétion avec laquelle il entoura ses dons, tant au Québec qu'en Acadie, afin de ne pas provoquer de réactions négatives de l'Angleterre, a bien servi Canadiens français et Acadiens. Loin d'être un simple fait divers à peine mentionné par l'histoire, l'action de l'empereur dans les domaines de l'éduca­tion, de l'immigration et du commerce, a été assez importante en Acadie pour qu'elle mérite une étude. Si importante qu'à elle seule, elle aurait suffi à faire de Napoléon III Louis Napoléon le Grand si Philippe Séquin, son plus récent biographe, ne s'était chargé de rétablir la réputation du second empereur des Français qualifié par Victor Hugo de Napoléon le Petit.
Il est bon et utile de rappeler en cette fin de siècle morose et corrosive, pour enrayer le danger de l'amnésie historique, l'apport étonnant de l'empe­reur, mal aimé des Français et méconnu des autres, à la Renaissance acadienne comme au développement prodigieux de ce que l'on a longtemps appelé le fait français au Québec. Ce n'est que justice, car cette contribution à l'essor d'un peuple, attaché avec ténacité aux valeurs pérennes de la France, fait mentir l'opiniâtre fausse légende d'un abandon par la France des anciens Français du Canada et de l'Acadie après qu'elle eût perdu ses anciennes colonies d'Amérique « pour causes d'épreuves européennes », disait pudiquement le général de Gaulle.
La contribution de l'empereur est l'une de ces pierres vives qui s'ajoutent à l'édifice si péniblement reconstruit au cours des siècles. Plus qu'une page de l'histoire canadienne-française et acadienne, elle est un chapitre essentiel de ce livre que continue d'écrire le peuple lui-même. Il est donc juste de restituer à l'empereur la place qui lui revient de droit dans l'histoire de l'Acadie et du Canada français.
Cette place, Napoléon III l'occupe parce qu'il a voulu, dès lors qu'il fut devenu président de la République, redonner à la France son rôle de puissance maritime et commerciale. Le hasard a fait le reste avec le concours de deux curés canadiens à poigne, les abbés Belcourt et Girroir, et d'un Français, disciple de l'économiste Le Play, Edme Rameau de Saint-Père, qui avait ses petites et discrètes entrées aux Tuileries. C'est ainsi que l'empereur fut amené à prendre une part considérable à la fondation de deux paroisses canadiennes, Saint-Alexis-de-Matapédia, au Québec, et Saint-Paul-de-Kent, au Nouveau-Brunswick.
Ce devoir de mémoire envers un chef d'État trop mésestimé est dû à la volonté de feu mon ami Philippe Rossillon, secrétaire général émérite de l'Union latine, président fondateur de l'association française Les Amitiés acadiennes, docteur d'honneur de l'Université de Moncton. Celui qui fut le principal instigateur de l'intérêt que le général de Gaulle portait à l'Acadie, a souhaité que l'action de l'empereur en faveur du peuple acadien soit dépous­siérée et mise en valeur.
D'entrée en matière, disons ce que ce livre n'est pas: il n'est pas une bio­graphie de l'empereur Napoléon III, ni des étonnants protagonistes acadiens et français, tels Rameau de Saint-Père et les abbés Girroir et Belcourt, ni non plus le récit détaillé au jour le jour des établissements de Saint-Alexis-de-Matapédia et de Saint-Paul-de-Kent. Il existe pour chacun de ces sujets d'excellents ouvrages recensés dans la bibliographie que j'ai voulue aussi complète que possible.
En revanche, je me suis attaché à démontrer l'influence qu'a exercée au Canada français et en Acadie le prince Louis Napoléon, d'abord en qualité de président de la République, puis comme empereur des Français. On aura la surprise de constater que Rameau de Saint-Père, qui fut une sorte d'introduc­teur des ambassadeurs de l'Acadie auprès de l'empereur, était loin d'être un bonapartiste !
Le long silence de l'oubli qui recouvre la mémoire de l'empereur, des abbés Belcourt et Girroir et, jusqu'à un certain point, de Rameau de Saint-Père, est enfin rompu depuis qu'un buste de Napoléon III a été placé dans l'une des salles du Monument Lefebvre à Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Ce fut Philippe Rossillon qui se mit en tête de faire honorer la mémoire de l'empereur en Acadie. Rossillon avait été le deus ex machina de l'invitation faite par le général de Gaulle, en 1968, à quatre éminents Acadiens qu'il reçut officiellement comme mandataires du peuple acadien.
L'idée de commémorer les dons de l'empereur en Acadie lui était venue après avoir lu l'essai que j'avais rédigé sur cette visite mémorable qui marqua un tournant dans les relations internationales des Acadiens. À peine débarqué de l'avion, à Moncton, en 1994, où il était accueilli en ami par le professeur Roger Ouellette, alors président de la Société nationale de l’Acadie et énarque comme lui, et par moi-même, Rossillon décida que rien n'était plus urgent que d'aller visiter le village de Saint-Paul-de-Kent.
Saint-Paul est un paisible et coquet village situé non loin de Moncton. Aussitôt dit, aussitôt fait. Les enthousiasmes de Rossillon étaient subits autant qu'irrésistibles. Il faisait un temps splendide et, dans les rues du village, pas âme qui vive. On visita l'église sise en face de la petite école. Sur cette pla­cette, Rossillon envisageait rien de moins que l'érection d'une statue équestre de Napoléon III. On sonna en vain au presbytère comme au couvent voisin. Enfin, c'est dans une maison de retraités que l'on obtint le nom d'un notable, M. Marcel Henri, qui s'intéressait à l'histoire de Saint-Paul.
L'accueil de M. Henri fut naturellement chaleureux. Rossillon se sentait parfaitement à l'aise, et notre hôte n'était pas le moins du monde perturbé par cette visite inopinée, ni même étonné par le projet que Rossillon inventait et développait au fil de la conversation.
La beauté des lieux, l'hospitalité courtoise avec laquelle il était reçu par un parfait étranger aussi racé qu'un duc et pair d'ancien régime avivait, si c'est possible, la verve de Rossillon qui jamais n'en manqua. Le projet prenait corps dans le salon, se développait dans la cuisine et prenait son essor dans la voi­ture sur le chemin du retour. Rossillon avait trouvé une autre cause digne de son intérêt. Tout le contraire d'un rêveur, il voulait passer immédiatement à l'action.
Il avait jugé providentiel que l'histoire de Saint-Paul ait été écrite par M. Euclide Daigle, l'un des quatre délégués reçus à l'Élysée par le général de Gaulle. Il fallut coûte que coûte lui trouver sur le champ un exemplaire de ce livre devenu rare depuis sa publication en 1983 pour marquer le centenaire de Saint-Paul 1. Nous eûmes de la chance auprès de M. Daigle lui-même. Rossillon distribua alors les tâches; il s'occuperait à Paris de dénicher la statue équestre de l'empereur - il devait bien s'en trouver une quelque part - et j'écrirais d'office le livre que voici.
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   15


Verilənlər bazası müəlliflik hüququ ilə müdafiə olunur ©kagiz.org 2016
rəhbərliyinə müraciət