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Le cid, Pierre Corneille (1637) genre : tragi-comédie en vers, rebaptisée tragédie dans l’édition de 1648. Auteur


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LE CID, Pierre Corneille (1637)
GENRE : tragi-comédie en vers, rebaptisée tragédie dans l’édition de 1648.

AUTEUR : Pierre Corneille (1606-1684 )

STRUCTURE : cinq actes, 1840 vers.

LIEU D’ACTION : Séville, en Espagne du sud.

EPOQUE DE L’ACTION : le XIe siècle.

CONTEXTE HISTORIQUE : la Reconquista chrétienne sur les musulmans en Espagne (les Maures) .
PRINCIPAUX PERSONNAGES :

  • Don Diègue, père de Rodrigue

  • Don Gomez, Comte de Gormas, père de Chimène

  • Don Rodrigue (qui sera surnommé le CID ), amant de Chimène, fils de Don Diègue

  • Chimène : amante de Rodrigue, fille du Come de Gormas

  • Don Fernand, roi de Castille

  • L’Infante, Dona Urraque, fille du roi , amoureuse de Rodrigue

  • Don Sanche, gentilhomme, prétendant de Chimène

  • Grands seigneurs au service du roi, gentihhommes castillans : Don Arias, Don Alonse

  • Elvire, gouvernante de Chimène

  • Léonor, gouvernante de l’Infante

  • Un page de l’infante


THEMES ESSENTIELS : La vengeance, l’amour, le devoir
SUJET :

Don Diègue et le comte de Gormas ont décidé d’unir leurs enfants qui s’aiment. Mais le comte , jaloux de se voir préférer le vieux don Diègue pour le poste de précepteur du prince, donne un soufflet à son rival. Don Diègue, affaibli par l’ âge, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue en duel le père de Chimène. Sans renier son amour, Chimène demande la tête de Rodrigue au roi. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche et Rodrigue. Elle promet d’ épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré dans un délai d’un an.


1re REPRESENTATION : Le 7 janvier 1637, au théâtre du Marais à Paris.
GENESE DE L’ŒUVRE
Corneille eut l’idée d’écrire Le Cid, si l’on en croit la légende, un jour où il fit la rencontre d’un certain M. de Chalon, ancien secrétaire de la reine. L’historien du théâtre de Beauchamp raconte cette mémorable visite : « Monsieur, lui dit M. de Chalon après l’avoir loué sur son esprit et sur ses talents, le genre de comique que vous embrassez ne peut vous procurer qu’une gloire passagère. Vous trouverez dans les Espagnols des sujets qui, traités dans notre goût, par des mains comme les vôtres, produiront de grands effets. »

Il lui propose alors de lire une pièce intitulée Las Mocedades del Cid (Les Enfances du Cid). Cette comédie de Guilhem de Castro parue en 1631 met en scène le Cid, fameux chevalier espagnol du nom de Rodrigo Diaz de Vivar (1030 à 1099). C’était une sorte de héros national dont de nombreux poèmes célèbrent, depuis des siècles, la bravoure, la générosité, la beauté. Elle retrace un épisode fameux de son histoire devenue légendaire : Don Rodrigue, promu par le roi de Castille au rang de Cid Campeador (Seigneur) après avoir lutté victorieusement contre les Maures, épousa la fille d’un homme qu’il avait tué. Cette conduite n’avait rien de choquant au Moyen Age. La littérature espagnole est à la mode en France : Guilhem de Castro offre une œuvre de grande qualité. Corneille s’en est inspiré pour écrire un chef-d’œuvre qui portera sa marque. Avec cette histoire, Corneille tenait un sujet en or, idéal pour une tragi-comédie. Ce sera à la fois un triomphe d’un genre et d’un auteur.

On a accusé Corneille d’avoir plagié Las Mocedades del Cid. Heureusement il aura des preuves à l’appui pour s’en défendre. De tout temps, les auteurs ont toujours emprunté à leurs prédécesseurs des idées et des thèmes.

L’ACTUALITE DE 1637 : la guerre contre l’Espagne, le duel, le pouvoir royal
Comme Corneille est un homme de son temps, bien qu’il s’inspire d’un événement survenu il y a 600 ans, il introduit dans sa pièce des éléments propres à la société de son époque. La France est en guerre depuis 1635 avec l’Espagne. Richelieu ordonna une contre-offensive pour repousser les troupes espagnoles qui s’étaient emparées de Corbie, en Picardie, à 100 km de Paris. On ne peut nier que cet événement de l’histoire nationale ait influencé Corneille : Rodrigue vainqueur des Maures n’est-ce pas non plus Richelieu écrasant les troupes espagnoles ?

Le duel est une forme de justice personnelle qui s’exerce en dehors du contrôle de tout tribunal. Henri IV, puis Richelieu, s’attaquent à ce grave problème. En 1613, le combat judiciaire est formellement interdit. Un code de criminalité le remplace : à chaque faute correspond une peine prononcée par des juges. Les duels continus dans l’illégalité, les nobles préfèrent vider eux-mêmes leurs querelles. Dans Le Cid, deux duels ont lieu. Le premier qui oppose Rodrigue au Comte, est illégal. C’est pourquoi le coupable doit être puni : c’est la loi. Le deuxième, où s’affrontent Rodrigue et Don Sanche, se déroule sous l’autorisation exceptionnelle du roi.

En 1637, lorsque Le Cid est donné, s’amorce le renforcement du pouvoir royal au sein de la société. La France devient un Etat fortement centralisé : le roi tient son pouvoir de Dieu ; ses sujets lui doivent respect et soumission ; il s’impose comme souverain absolu. Les grands seigneurs de l’époque l’apprendront à leurs dépens car la Fronde coûtera la vie à nombre d’entre eux. Dans Le Cid, Don Gomès appartient précisément à la noblesse qui refuse de se soumettre au pouvoir royal alors que Rodrigue se définit fièrement comme un sujet entièrement dévoué au roi.
LES TROIS UNITES
L’unité d’action

C’est bien l’amour menacé de Rodrigue et Chimène qui constitue le sujet de la pièce. Cependant, on ne peut nier que la « tragédie de l’infante » est une intrigue secondaire venant se greffer, sans nécessité absolue, sur l’intrigue principale. Corneille d’ailleurs le reconnaîtra dans un passage du Discours: « Aristote blâme fort les épisodes détachés et dit que les mauvais poètes en font par ignorance et les bons en faveur des comédiens pour leur donner de l’emploi ». La « tragédie de l’infante » en est.


L’unité de temps

L’action occupe sensiblement vingt-quatre heures ainsi réparties :



  • Premier jour, dans l’après-midi : querelle de Don Diègue et du comte, duel de Rodrigue et du comte.

  • Nuit : bataille contre les Maures.

  • Deuxième jour : assemblée chez le roi.

Comme on le voit, la règle des vingt-quatre heures a été respectée mais Corneille dira dans son Examen combien cette contrainte a porté préjudice à la vraisemblance de l’intrigue : « La mort du comte et l’arrivée des Maures s’y pouvaient entre-suivre d’aussi près qu’elles font, parce que cette arrivée est une surprise qui n’a point de communication, ni de mesure à prendre avec le reste ; mais il n’en va pas ainsi du combat de don Sanche, dont le roi était le maître, et pouvait lui choisir un autre temps que deux heures après la fuite des Maures. Leur défaite avait assez fatigué Rodrigue toute la nuit pour mériter deux ou trois jours de repos ». « Ces mêmes règles pressent aussi trop Chimène de demander justice au roi la seconde fois. Elle l’avait fait le soir d’auparavant, et n’avait aucun sujet d’y retourner le lendemain matin pour en importuner le roi, dont elle n’avait encore aucun lieu de se plaindre, puisqu’elle ne pouvait encore dire qu’il lui eût manqué de promesse. Le roman lui aurait donné sept ou huit jours de patience avant de l’en presser de nouveau ; mais les vingt quatre heures ne l’ont pas permis : c’est l’incommodité de la règle ».
L’unité de lieu

La pièce se déroule dans trois endroits différents : la place publique, le palais du roi et la maison de Chimène. Corneille a donc dévié la règle qui préconise le choix d’un lieu unique. Voici les explications qu’il donnera dans son Examen :



« Tout s’y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce d’unité de lieu en général ; mais le lieu particulier change de scène en scène, et tantôt, c’est le palais du roi, tantôt l’appartement de l’infante, tantôt la maison de Chimène, et tantôt une rue ou une place publique. On le détermine aisément pour les scènes détachées ; mais pour celles qui ont leur liaison ensemble, comme les quatre dernières du premier acte, il est malaisé d’en choisir un qui convienne à toutes. Le comte et Don Diègue se querellent au sortir du palais ; cela se peut passer dans une rue ; mais, après le soufflet reçu, Don Diègue ne peut pas demeurer en cette rue à faire ses plaintes, attendant que son fils survienne, qu’il ne soit tout aussitôt environné de peuple, et ne reçoive l’offre de quelques amis. Ainsi il serait plus à propos qu’il se plaignît dans sa maison, où le met l’espagnol, pour laisser aller ses sentiments en liberté ; mais en ce cas, il faudrait délier les scènes comme il a fait. En l’état où elles sont ici, on peut dire qu’il faut quelquefois aider au théâtre et suppléer favorablement ce qui ne s’y peut représenter. Deux personnes s’y arrêtent pour parler, et quelquefois il faut présumer qu’ils marchent, ce qu’on ne peut exposer sensiblement à la vue, parce qu’ils échapperaient aux yeux avant que d’avoir pu dire ce qu’il est nécessaire qu’ils fassent savoir à l’auditeur. Ainsi par une fiction de théâtre, on peut s’imaginer que don Diègue et le comte, sortant du palais du roi, avancent toujours en se querellant, et sont arrivés devant la maison de ce premier lorsqu’il reçoit le soufflet qui l’oblige à y entrer pour y chercher du secours ».


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