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La conquête des médias, philippe tetart, 2001


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La conquête des médias, PHILIPPE TETART, 2001

Le sport et le spectacle sportif entretiennent des liens étroits et parfois fondateurs avec les médias. Quelques jalons permettent de mesurer la portée de ce mariage d’intérêt.


L’ÉMERGENCE D’UNE PRESSE SPÉCIALISÉE

1854. Eugène Chapus fonde Le Sport. Journal des gens du monde. En 1869, L’Illustration lance une rubrique « Sports-High-Life », carnet mondain relatant les courses de chevaux, de canotage ou de vélocipède.

1890-1910. Les Français s’entichent de la « petite reine ». La presse spécialisée suit : Le Sport vélocipédique, La Revue vélicopédique, Véloce-Sport, La Revue du Sport vélicopédique, Véloceman ou Le Vélo... accompagnent et amplifient la mode, et en bénéficient par retour. La presse joue un rôle clef dans la création de compétitions qui attirent un public grandissant. Emblématiques sont les seize épreuves (dont le Tour de France) créées dans la seule année 1903 à l’initiative d’un autre grand quotidien du moment, l’Auto-Vélo. En 1910, on compte huit quotidiens parmi les vingt-six titres sportifs. Certains, tels Les Sports et L’Auto, affichent de forts tirages : 50 000 à 100 000 exemplaires.

1923. Le direct radiophonique apparaît lors du Championnat de France de boxe Carpentier-Nilles. Radiola couvre les JO de Paris en 1924. Le Radio-Journal de France instaure une chronique sportive quotidienne en 1926. À la fin de la décennie, le journaliste Jean Antoine lance les premiers reportages mobiles sur le Tour de France.

1930. Le photo-journalisme conquiert la presse. Miroir des sports, Match, Coup-Franc enracinent le succès des magazines illustrés, grâce au football en particulier, qui vit alors ses premières saisons professionnelles.

1936. Premiers essais de retransmissions télévisées dans des lieux publics lors des JO de Berlin. La rencontre médias/politique fait du sport un support de choix pour la propagande.

LA GRANDE MOBILISATION

1938. Paris-Soir mobilise quarante collaborateurs, dix voitures, huit motos et un avion sur le Tour de France ! La couverture de l’événement est massive et révèle la concurrence entre les quotidiens généralistes sur le terrain des rubriques sportives, toujours plus étoffées.

1939. Avec un tirage de 350 000 exemplaires, l’Auto-Vélo se place au quatrième rang des tirages quotidiens nationaux tous titres confondus !

1946. Naissance de L’Équipe et début d’une longue épopée. Dès 1947, le quotidien illustre le rôle initiateur des médias : sa rédaction conçoit la future Coupe européenne de football de l’UEFA (1955). Le journal lance la Coupe d’Europe de basket, la Coupe du monde de ski. En éclaireur, il pratique le mécénat sportif : un emploi de linotypiste permet à Michel Jazy de poursuivre sa carrière internationale. Jacques Goddet, directeur du journal, exploite le Vel’ d’Hiv jusqu’à sa fermeture en 1959 et l’ancien Parc des Princes jusqu’en 1965. Comprenant l’intérêt de la télévision, en 1961, il lance avec Raymond Marcillac le magazine de reportages sportifs Les Coulisses de l’exploit.

LE TEMPS DU DIRECT

1948. Premier reportage en direct pour l’arrivée du Tour de France à Paris. Cohues dans les rares lieux publics pourvus d’une « lucarne magique » !

1953. Crise entre les clubs de football et la RTF interdite de stade. Les téléspectateurs s’émeuvent de l’absence de retransmission. La question des droits de retransmission se pose pour la première fois.

1954. Le spectacle sportif et les téléspectateurs passent les frontières, avec les premières retransmissions sportives en Eurovision.

1956. Léon Zitrone anime Sport-Dimanche. Première d’une longue lignée d’émissions télé dominicales.

1960. Les images prises d’hélicoptère, sur le Tour notamment, et d’autres innovations techniques (ralenti, incrustations, caméras HF sans câble...) transforment la perception des compétitions. Le téléspectateur se trouve placé au cœur de l’exploit et la puissance émotionnelle de l’image renforce l’impact des retransmissions.

1968. L’ORTF investit 50 millions de francs pour retransmettre les JO d’hiver de Grenoble qui sont diffusées par trente-deux télévisions et vues par six cents millions de téléspectateurs.

1976. Premier direct depuis Roland-Garros. Un rendez-vous cardinal est né. Pour les besoins de la télévision, le tennis a adopté le tie-break et les balles jaunes... Quant au direct, il est devenu un indispensable argument de vente pour les chaînes.

UN ENJEU ÉCONOMIQUE DE TAILLE

1980. Pour la première fois, les ventes de magnétoscope et de télévision s’intensifient à la veille des grands rendez-vous sportifs (JO, Coupe du monde de football).

1982. Lancement réussi de Gym Tonic sur la première chaîne. Cette émission démontre la fonction d’aiguillon de la télévision dans l’exportation de nouvelles pratiques, venues en l’occurrence des États-Unis.

1984. Naissance de Canal +. La chaîne à péage fait du sport l’un de ses principaux thèmes. La retransmission du Championnat de France de football amplifie sa force d’attraction. Le sport devient un élément indispensable des grilles de programme, du week-end surtout, puis du prime time. Canal + devient le précurseur de l’investissement des groupes multimédias dans les clubs de football (Paris-Saint-Germain) et, concurrence aidant, de la flambée des droits de retransmission qui alimentent la manne sportive.

1991. S’inquiétant du poids des médias dans le sport, le Conseil supérieur de l’audiovisuel commande un rapport sur « Sport et télévision ». Un an plus tard, la loi Bredin (13 juillet 1992) établit un code de bonne conduite régulant la concurrence qui fait rage pour les retransmissions et le principe d’exclusivité. Ce faisant, la loi cherche à empêcher les dérives monopolistiques et à lutter contre l’emprise des chaînes payantes qui peuvent priver de nombreux téléspectateurs de l’accès aux grands événements.

1993. Naissance d’Eurosport, chaîne sportive européenne (quatre millions d’abonnés). Le « baby-boom » des chaînes thématiques voit aussi la création de L’Équipe TV, Pathé-Sport, Équidia... Les seuls programmes d’Eurosport (6 200 heures en 2000) font exploser l’offre qui était de 650 heures en 1978 et de 1 280 heures en 1998 pour les chaînes hertziennes en accès libre.

1998. Canal + acquiert les droits de retransmission en direct de la division 1 de football pour 682 millions de francs. En 1983, les chaînes publiques avaient acheté les mêmes droits, sans direct, pour 5 millions ! Ces sommes sont un important enjeu de pouvoir pour les médias et un enjeu économique pour les fédérations et les clubs. En 1998, 35,4 % du budget de Canal + sont consacrés au sport, 19 % à France 2, 17 % à TF1 et 9 % à France 3.

1999. L’omniprésence des footballeurs champions du monde dans les spots publicitaires indique à quel point l’image du sport et de ses stars fait vendre.

2000. La presse sportive comprend plus de cent vingt titres, avec une tendance à la spécialisation extrême. Ce nombre important s’explique par l’élan de la presse magazine, par la massification des pratiques physiques, par la couverture accrue d’événements sportifs en nombre croissant. La différenciation grandissante des pratiques favorise aussi la naissance de groupes spécialisés et de nombreux sites Internet dédiés aux sports.

2001. Avec un tirage d’environ 398 000 exemplaires et un groupe solide comprenant France Football et Vélo Magazine, L’Équipe reste le titre de référence et réalise chaque année des bénéfices. Ces derniers témoignent de la rentabilité de l’information sportive et de l’investissement des médias dans le sport, tant pour eux-mêmes que pour les disciplines qu’ils servent.



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