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Dans «Soul Kitchen», le réalisateur allemand d'origine turque parle de l'Allemagne contemporaine


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Chez Fatih, cuisine allemande

 

Dans «Soul Kitchen», le réalisateur allemand d'origine turque parle de l'Allemagne contemporaine

Après dix années de voyages incessants entre l'Allemagne et la Tur quie, le réalisateur allemand Fatih Akin en a eu assez. Assez de chercher ses racines turques, comme dans «Head-On» (ours d'or à Berlin en 2004), et dans «De l'autre côté» (prix du scénario à Cannes en 2007). Assez de ces petits et grands drames autour des questions d'exil, d'intégration et d'identité : il a posé ses valises et sa caméra à Hambourg. Chez lui. Et avec sa bande de copains, des Allemands métissés comme lui, il signe un septième long métrage qu'il qualifie lui-même, et non sans ironie, de Heimatfilm (film du pays natal).

Une troupe filmique

«Soul Kitchen», prix spécial du jury à Venise en 2009, c'est l'histoire de Zinos (Adam Bousdoukos), un jeune homme qui se bat pour la survie de son restaurant sur les docks de Hambourg entre un frère, Illias (Moritz Bleib treu), qui profite de son régime de semi-liberté pour poursuivre ses petits trafics, une fiancée issue de la grande bourgeoisie partie à l'aventure en Chine, un ancien copain de lycée devenu un agent immobilier véreux, et un nouveau chef cuisinier, Shayn (Birol Unel), totalement à l'ouest. Le film est drôle, enlevé.

Né de parents turcs, Fatih Akin, 36 ans, l'un des représentants les plus en vue du jeune cinéma allemand, souhaitait tourner de nouveau à Hambourg avec son frère aîné Cem, ses parents, sa femme Monique - moitié allemande, moitié mexicaine - et ses copains. Et notamment avec Adam Bousdoukos, son ami d'enfance, avec qui il avait réalisé son premier film amateur en classe de cinquième au collège d'Altona, quartier populaire de la ville. Adam, qui tient le rôle principal dans « Soul Kitchen », est lui aussi fils d'immigrés, mais grecs. «Mômes, on passait des après-midi entiers à regarder des films sur cassette ensemble », raconte-t-il. Les deux comparses rêvaient tous les deux d'être acteurs. Une idée totalement incongrue pour leurs parents, qui les rêvaient plutôt mécaniciens, voire - bonheur suprême - médecins. Arrivé en Allemagne en 1965, le père de Fatih était employé dans une entreprise de nettoyage de tapis, sa mère, femme de ménage, a repassé ses diplômes d'institutrice.

Il y a vingt ans, le cinéma allemand faisait très peu appel à des acteurs aux visages et aux noms étrangers. Même pour la télévision, les rares rôles disponibles tournaient toujours autour des éternels clichés : voyous, vendeurs de döner kebab, femmes voilées. A moins de s'appeler Rainer Werner Fassbinder et de mettre en scène dans « Tous les autres s'appellent Ali » (1973), l'histoire d'une femme de ménage qui tombe amoureuse d'un jeune Marocain. En 1986, le cinéaste d'origine turque Tevfik Baser, étudiant à l'Académie des Beaux- Arts de Hambourg, avait certes ouvert la voie avec « 40 Mètres carrés Allemagne », un huis clos entre un ouvrier turc et son épouse ramenée du pays et enfermée à double tour dans un minuscule appartement.
Mais ce cinéma de l'exil, tourné en turc, n'était pas du tout ce que la génération de Fatih Akin et ses amis entendait faire : du cinéma allemand. Exaspéré de ne trouver aucun rôle, Fatih Akin, diplômé d'une école d'art réputée de Hambourg, écrit des scénarios et réalise deux courts métrages, couronnés de plusieurs récompenses. En 1998, il réussit à tourner son premier long métrage, « l'Engrenage ». L'histoire de trois amis, Gabriel le Turc, Bobby le Serbe et Costa le Grec (interprété par Adam Bousdoukos), qui vivent de petit larcins à Hambourg-Altona, jusqu'au jour où Bobby qui, lui, veut faire carrière dans la mafia, s'acoquine avec un parrain albanais... C'est autour de ce film d'école que se formera la bande à Fatih. Avec d'abord Adam Bouskoudos, qui, peinant à retrouver des rôles, ouvre en 2000 la Taverne de Sotiris (une expérience qui leur donnera l'idée de coécrire le scénario de « Soul Kitchen»), et une recrue de choix, Moritz Bleibtreu. Un acteur capable de jouer Andreas Baader, le terroriste de la RAF, ou Bruno, l'obsédé sexuel des « Particules élémentaires », et de s'intéresser au cinéma d'auteur. Fils de l'actrice Monica Bleibtreu, également présente dans « Soul Kitchen », Moritz, 38 ans, a grandi dans le quartier de la gare de Hambourg, au milieu des drogués et des immigrés turcs. Après avoir vu « l'Engrenage », il n'a eu de cesse de vouloir travailler avec Fatih Akin. « Soul Kitchen » est leur troisième film commun après « Julie en juillet » (2000) et « Solino » (2002). Cette « troupe filmique », comme l'appelle Fatih, ne serait pas complète sans l'acteur le plus doué et le plus déjanté du groupe, Birol Unel, le cuisinier dingue de « Soul Kitchen ».

Une belle victoire

C'est grâce à ce Kurde, de mère analphabète et apatride dans l'âme, dont Fatih Akin a fait le héros de « Head-On », que la carrière du cinéaste germano-turc a pu décoller. A l'époque, le producteur du film refusait d'assurer cet acteur jugé difficile. Toujours à fleur de peau, Birol Unel, 49 ans, grand fan de Tony Gatlif et de Frank Castorf, le metteur en scène de la Volksbühne, vivait alors à Berlin et travaillait à l'occasion dans un restaurant italien pour éponger ses dettes. Un cas. Fatih Akin, qui le voulait absolument, a alors pris tous les ris ques et monté sa propre maison de production, Corazón. Et voilà comment Fatih «le Turc », Adam « le Grec », Birol « le Kurde » et Moritz, « l'Allemand » à tête de métèque, qui a longtemps préféré se faire passer pour un Français ou un Italien, se sont trouvés embarqués dans un film allemand où, pour une fois, les «basanés» sont les gentils et les blonds, les méchants.

Quand il était jeune, Akin rêvait d'être une version allemande de Scorsese, qui, né à New York de parents immigrés siciliens, s'est largement inspiré de son enfance passée dans le quartier de Little Italy. « J ' envie la facilité avec laquelle les Américains règlent ces questions d'identité, raconte Fatih Akin. Pour la première fois depuis douze ans, 98% des critiques allemands ne m'ont posé aucune question sur l'immigration et ont jugé le film pour lui-même. » Une belle victoire. La notoriété internationale du cinéaste a sûrement modifié leur regard. Mais Fatih Akin aussi a changé. Il n'est plus le jeune homme rondouillard en colère, il s'est affiné, apaisé. Maintenant, il peut dire sans hésitation : «Je suis allemand. Je suis né ici, j'ai grandi ici, c'est mon pays. » Cela n'a l'air de rien, mais les cinéastes germano-allemands de la génération précédente ont mis encore plus de temps. «J'ai attendu l'âge de 60 ans pour admettre que j'étais allemand», confiait un soir de Berlinale Wim Wenders.



Odile Benyahia-Kouider

© Le Nouvel Observateur - 2366 



11 mars 2010


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